Face aux températures élevées, notre cerveau aussi est mis à rude épreuve et plus particulièrement l’hypothalamus.
Situé à la base du cerveau, cet organe contrôle certaines de nos fonctions vitales comme la faim, la soif, l’éveil, le sommeil ou encore la température corporelle et gère une partie de la production d’hormones. S’il est encore difficile de mesurer les conséquences du changement climatique sur notre horloge interne, certains impacts sont déjà visibles. Comme le temps et la qualité du sommeil qui se dégradent lors d’épisodes de canicule par exemple.
Une tendance qui pourrait s’accentuer selon une étude conduite par une équipe de chercheurs danois de l’université de Copenhague, publiée en mai 2022 dans la revue de One Earth*.
Entre 2015 et 2017, les chercheurs ont étudié le sommeil de 47 000 personnes, issues de 68 pays différents grâce à des bracelets de suivi de sommeil. Au total, plus de sept millions d’enregistrements de sommeil de nuit ont été réalisés. Une vaste base de données que l’équipe a corrélée avec les données météorologiques locales.
Ils ont ainsi pu constater que lorsque les températures étaient élevées dans la nuit, les humains dormaient moins longtemps. Ils s’endorment aussi plus tard car il est plus difficile de refroidir le corps, un processus nécessaire à l’endormissement, et se réveillent plus tôt.
D’après l’étude, dès 25 °C, la probabilité de dormir moins de sept heures est multipliée par 3,5. Or dans un monde qui se réchauffe de plus en plus, la dégradation du sommeil des humains risque de s’amplifier. Dans leurs projections, les chercheurs danois estiment que nous pourrions perdre de 50 à 58 heures de sommeil par an d’ici à 2099.
« Le sommeil est l’une des plus grandes causes de santé publique, assure Rémy Slama. Parce qu’un sommeil détérioré c’est un risque d’obésité accru, un risque de pathologie cardiovasculaire accru, un risque d’accident lié à des problèmes de concentration ou encore un risque de voir les interactions sociales et l’efficacité au travail perturbées. »
La santé mentale impactée
Au-delà de la santé physique, le changement climatique peut aussi avoir des impacts sur notre santé mentale. La hausse des températures augmente « le risque de décès par suicide », indique le chercheur de l’Inserm.
« Si on est certain de cet effet, les mécanismes ne sont pas encore très clairs », tient-il à préciser. Avant d’émettre toutefois une hypothèse pour expliquer ce phénomène : « Cela peut passer par les neurotransmetteurs comme la sérotonine dont les niveaux sont influencés par la température. Quand il fait chaud, on se rend compte qu’il y a une augmentation de l’agressivité y compris de l’agressivité vis-à-vis de soi-même. Cela peut donc entraîner un possible passage à l’acte pour les personnes qui présentent déjà des facteurs de risque. »